30.08.2009 | constanta
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Vent dans le nez, les quelques 85 kilomètres restants seront avalés, non sans quelques grognements et injures à l'encontre de certains. On ne se refait pas. C'est d'ailleurs un des intérêts du voyage, votre vraie nature s'exprime dans toutes ses composantes, y compris les moins flatteuses. Vous n'avez, en effet aucun effort "social" à fournir, vous n'êtes ni dépendant ni redevable de rien auprès des gens que vous rencontrez. Mis à part certains réflexes de bienséance ancrés dans votre moi profond par votre éducation, mais qui ne demandent qu'à disparaître, vous pouvez allègrement éconduire assez violemment le type qui vous gêne, se montre désagréable ou vous prend pour un abruti. C'est parfois un plaisir, mais ce n'est pas un pli à prendre durablement, heureusement, le voyage a duré moins de deux mois, sans quoi, en rentrant...
L'arrivée à Constanta se fera sur ce mode. Un quidam en bagnole me signifie en roumain que je ne devrais pas me trouver sur la quatre voies, seul accès possible direct vers la ville. Après l'épisode du détour occasionné par l'autoroute à Feteşti, cette remarque m'indispose fortement, pour ne pas dire plus et provoque un invective du style: "Hey, vieux c. va dire à ton p. de gouvernement qu'il pourrait mettre des pancartes. Toi et ton klaxon, je t'emm". Après coup, je suppose qu'il doit parler français vu son âge. Tant pis, les automobilistes m'ont trop stressé pendant cette journée, il faut bien que je me venge un peu.
Sur la dernière portion, le n'importe quoi règne en maître, un peu plus que d'habitude, parce que la circulation est plus intense. Le spectacle de types poussant une bagnole pour la démarrer, sur une deux voies, au sein d'une circulation valant un départ en vacances français, me laisse perplexe. Je me tiens en arrière et tente de signaler le danger aux voitures qui arrivent, car les pousseurs ahanant par 38° C se trouvent derrière un sommet de côte et sont invisibles pour ceux qui foncent vers eux. Ceux-ci freinent violemment en faisant crisser leurs pneus et évitent d'assez peu la collision. En matière automobile, ainsi que quelques autres, les roumains sont de véritables artistes, ce qui paradoxalement m'a constamment rassuré sur leur capacité à me laisser vivant au milieu de cette furia.
Constanta, c'est vraiment la Terre Promise. Dix kilomètres avant d'arriver au rivage, ma tête bouillonne en proie à des pensées contradictoires sur le mode: "enfin c'est fini" suivi immédiatement de "merde, c'est déjà fini". C'est vrai que j'en ai marre de cette journée extrêmement éprouvante pour les nerfs, à cause de la circulation, et les douleurs dans les mollets. J'ai eu constamment un vent de face soutenu, qui s'est sur ajouté à un relief très prononcé.
Un hôtel d'une grande chaîne française s'offre à moi lorsque la mer apparaît. Il n'y a aucune hésitation possible, c'est là que je vais passer les deux jours de récupération, préalables à mon retour en France via Bucarest Otopeni. Sitôt dit, sitôt fait. Ma perception de la chambre d'hôtel est généralement déplorable, espace d'ennui, confiné, séparé du dehors par un espace réception neutre munie d'un personnel parfois sourcilleux. Rien de tout cela dans cet hôtel et pourtant il doit être pareil que les autres. Mais voilà, un peu de purgatoire, et la situation normale apparaît comme paradisiaque. Il est vrai que ce n'es pas trop mal, spacieux, vue sur la mer, quartier animé, personnel sympathique mais pas obséquieux et bière fraîche. On pourrait rêver pire.
Deux jours après, c'est le grand retour, le vélo"Gitane" reste parmi les siens, il fait le bonheur d'un petit gars qui pousse les chariots en libre-service de l'aéroport. La compagnie aérienne rançonne les voyageurs par rapport aux kilos de bagages supplémentaires, et le vélo n'a plus que le cadre et la roue arrière en bon état. Porte-bagages cassés, guidon plié, dérailleurs hors d'usage, à quoi bon transporter une épave?
La première bière française à l'aéroport de Lyon-Saintr Ex me signifie que je suis de retour dans le Pays champion d'un traficotage agro-alimentaire. Après la noble bière bue dans l'ensemble de l'Europe, celle-ci a un arrière goût de vomi et je ne la finis pas. Quelle tristesse d'arrêter de boire ce divin breuvage qui pourrait se révèler à terme dangereux, hors du contexte des kilomètres quotidiens parcourus en vélo.
Le comité d'accueil, à l'aéroport de Nantes m'aide à reprendre physiquement pied dans la réalité quotidienne. Pour le mental, l'atterrissage n'est pas encore effectué à l'heure à laquelle j'écris ces lignes. Le plein-air à haute dose provoque en effet une sorte d'intoxication addictive et l'aspect ennuyeux et statique de la vie dans un endroit fixe, fut-il votre maison est difficilement supportable. Le changement continuel de décor ressenti très profondément ainsi que le spectacle des gens que l'on croise sans cesse, manque au sédentaire. Vivement le prochain départ.
Le prochain billet sera le dernier. C'est le plus difficile à écrire, puisque c'est la synthèse des impressions constats et renseignements tirés de ce voyage. Je vous le livrerai le 3 octobre.
That's all folks!
21:07 Écrit par philippe toscer | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | | Tags : voyage, vélo















